Écrit par : Le 14e Dalaï LamaCatégorie : Bouddhiste

Conseils pour Garder les Vœux et Commencer la Pratique du Kalachakra

Le Vœu de Ne Pas Perdre d’Énergie Séminale

Berzin : Beaucoup d’Occidentaux sont mariés, qu’en est-il du lien étroit de ne pas perdre (mi-nyams) les gouttes d’énergie séminale (khu-ba)?

Sa Sainteté : Ce que les chefs de famille laïcs devraient faire, je ne sais pas.

Berzin : Cela fait-il simplement référence à la pratique de l’étape complète (rdzogs-rim)?

Sa Sainteté : Que dois-je dire? Dans le Kalachakra, pour atteindre une forme dépourvue (stong-gzugs), vous avez besoin de la béatitude suprême immuable (mi-’gyur-ba’i bde-ba). Le Kalachakra parle beaucoup de la nécessité de maintenir les gouttes d’énergie séminale non affaiblies et donc de ne pas perdre le semen. Cela étant, si une personne pratiquant l’étape complète du Kalachakra est un homme, il semblerait que cela soit omniprésent chez la personne qui abandonne la vie familiale (rab-byung) et devient célibataire. Mais, je me demande si c’est le cas? Je ne sais pas.

Berzin : Par exemple, Serkong Rinpoché a dit que lorsqu’on pratique l’étape complète, c’est une nécessité absolue. Mais avant d’atteindre ce point, si on a simplement confiance en cela et qu’on a l’intention que lorsqu’on atteint ce point, on pratique comme ça, alors c’est probablement OK.

Sa Sainteté : Probablement c’est comme ça, mieux vaut l’expliquer comme ça, parce que pouvoir avoir un contact sexuel sans relâcher le semen est quelque chose de nécessaire lorsqu’on pratique les étapes avancées de l’étape complète. Mais dire qu’on n’est pas autorisé à le faire avant d’avoir atteint le point [d’être capable de dissoudre dans le canal central les vents énergétiques d’évacuation vers le bas (thur-sel-gyi rlung)] de sorte qu’on puisse avoir un contact sexuel sans libération de semen, ce serait difficile, n’est-ce pas? Dire qu’il est nécessaire pour tous ceux qui prennent l’initiation d’agir comme des moines serait difficile.

En revanche, si je donne l’impression de leur dire d’aller de l’avant et de lâcher le semen, cela ne va pas du tout. C’est parce que si vous pratiquez vraiment le Kalachakra, vous n’avez besoin d’aucune libération ou d’aucune perte de semen. De plus, il n’y a probablement pas de division à faire à cet égard entre les pratiquants de l’étape de génération et de l’étape complète. Le dire clairement est probablement préférable.

Maintenant, en ce qui concerne la véritable chute fondamentale du rejet de la bodhichitta, il s’agit d’avoir le mental qui souhaite la libération par le bonheur de la libération orgasmique (’dzag-bde grol-ba ’dod-kyi sems). Quant à ce bonheur de la libération orgasmique, certaines traditions non Bouddhistes (mu-stegs-pa) affirment qu’offrir une homa fire puja de semen dans la réalité source d’une femme plaît à Ishvara (dBang-phyug, Shiva) et qu’à travers celle-ci on peut atteindre moksha, la libération. Mais la libération ne se passe pas comme ça. Par conséquent, spécifiquement pour arrêter cette pratique erronée, le vœu a été fait que si, avec un mental souhaitant la libération par le bonheur de la libération orgasmique, on éjacule sa source d’énergie constitutive à l’extérieur (phyi-rol-du khams-phong-ba), c’est une chute racine. Habituellement, cependant, quand on a et éjacule le semen, on ne pense pas souhaiter la libération par le bonheur de le libérer. Ainsi, ce n’est pas une chute racine.

Cependant, il y a une transgression et une ignorance (chag-’dor) du vœu racine. On ne faisait pas attention à ses gouttes d’énergie séminales (khu-ba bdag-po-ma-byed). Ainsi, il y a une transgression du vœu racine, mais pas une chute racine complète. Si l’on est un pratiquant et que les gouttes d’énergie de sa source constituante sont perdues (khams nyams-pa yin-pa), alors on affaiblit la génération de félicité immuable.

Kadrubjey a déclaré qu’en Kalachakra, il est nécessaire que les gouttes d’énergie de la source constituante ne soient jamais perdues du tout. Il déclare cela en conjonction avec le point concernant les méthodes pour actualiser la conscience bienheureuse. Dans le Chakrasamvara et le Guhyasamaja, on actualise un corps illusoire. Dans le Kalachakra, cependant, on actualise une forme dépourvue et une forme dépourvue est actualisée dans un état de conscience suprême immuable et bienheureuse. Pour cette raison, il est extrêmement important de ne jamais dégénérer, affaiblir ou perdre ses gouttes d’énergie constituante, dit-il.

Par conséquent, pour constituer une chute racine, il faut avoir le mental souhaitant la libération du bonheur de la libération orgasmique. De plus, bien que les chutes racines ne se produiront pas [sans un tel souhait], la faute peut toujours se produire d’être souillé par la faute d’une infraction au vœu. Pour éviter cela, il faut se protéger contre la perte de ses gouttes d’énergie séminale [si l’on est un pratiquant sérieux du Kalachakra, à n’importe quelle étape de la pratique.] Néanmoins, dire que cela concerne principalement la pratique de l’étape complète et en rester là est probablement OK.

Femmes N’émettant Pas de Gouttes d’Énergie Séminale

Berzin : Comment les femmes devraient-elles comprendre le vœu de ne pas émettre de gouttes d’énergie séminale?

Sa Sainteté : Lorsque le Kalachakra parle d’émission de gouttes d’énergie de la source constituante, elles ne sont pas nécessairement un liquide grossier et ne doivent pas nécessairement sortir du corps à l’extérieur. Ce que nous devons éliminer, ce sont les propensions de ces gouttes d’énergie subtile à se déplacer (g.yo-ba’i bag-chags). Nous devons cesser (’gag, stopper) tout mouvement des gouttes d’énergie source constituante et les lier de manière immobile.

Par exemple, en termes d’hommes, non seulement il n’y a pas de chute de gouttes d’énergie de la source constituante (lhung) à l’extérieur du corps avec de grosses gouttes de liquide de semen. De plus, lorsque les gouttes d’énergie de la source constituante tombent en cascade (mar-babs) d’abord à travers les chakras dans le canal d’énergie central [en bodhichitta blanche], il faut faire en sorte que ce qui est tombé reste stable (brtan-par gnas). C’est ce que signifie immobile.

[En d’autres termes, lorsque les gouttes d’énergie subtile de la source constituante descendent dans le canal d’énergie central par la combustion de la chaleur interne du tummo dans la pratique avancée de l’étape complète, elles doivent y rester. On ne met pas fin à la conscience bienheureuse en faisant en sorte que les gouttes subtiles se joignent au liquide séminal et se déplacent à l’extérieur du corps. Il faut maintenir cette conscience bienheureuse pour qu’elle se concentre sur la vacuité.]

Non seulement à l’extérieur, mais même à l’intérieur du canal central, les gouttes d’énergie de la source constituante peuvent remonter (yar-log-pa). Nous devons les lier pour qu’elles ne reviennent pas. Cela nécessite de les empiler à l’intérieur du canal central, comme pour construire un mur – en les empilant les unes sur les autres.

Ce non-mouvement des gouttes d’énergie de la source constituante provient du fait de s’appuyer sur une mahamudra de forme dépourvue (grande partenaire d’étanchéité). Dans les étapes de méditation, l’union avec une jnanamudra visualisée (partenaire de conscience profonde) fait fluer les gouttes d’énergie de la source constituante et apporte une conscience bienheureuse en mouvement (g.yo-ba’i bde-ba) [puisque les gouttes remontent le canal central]. La pratique avec une mahamudra de forme dépourvue apporte la conscience bienheureuse immuable des gouttes d’énergie de la source constituante qui ne bougent pas ou ne se déplacent pas, soit à l’extérieur [à l’extérieur du corps en relation avec des liquides grossiers] ou à l’intérieur [remontant le canal central].

Berzin : Donc les femmes aussi ont ce vœu?

Sa Sainteté : Oui, oui.

Berzin : Doit-on comprendre uniquement à un niveau interne le fait de ne pas faire bouger leurs gouttes d’énergie de la source constituante dans leurs canaux centraux? Ou, cela fait-il également référence à leur bonheur mondain d’une libération externe orgasmique de gouttes d’énergie constituante?

Sa Sainteté : Je ne sais vraiment pas. C’est difficile à dire, car ce n’est clair dans aucun texte, mais les femmes ont sans aucun doute quelque chose de similaire. Si nous considérons les hommes, lorsque les gouttes d’énergie de la source constituante tombent à l’extérieur (lhung-na), alors à ce point, puisque la base de la conscience bienheureuse a été perdue (bde-ba’i rten nyams-pa), la conscience bienheureuse elle-même cesse, n’est-ce pas? Donc, si les hommes peuvent lier (bcings, tenir) la base de la conscience bienheureuse, les gouttes de bodhichitta, sans qu’elle soit perdue (nyams), la conscience bienheureuse ne s’en ira pas, n’est-ce pas? Les femmes doivent avoir quelque chose d’analogue, que cela implique ou non une libération de fluides grossiers.

Cité d’une conversation entre le 14e Dalaï Lama et Alexander Berzin des Archives de Berzin.

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